Foire de Châlons : Christelle Thieffinne défend une réindustrialisation au cœur des territoires

08/09/2026

La 80e édition de la Foire de Châlons-en-Champagne, qui s’est tenue du 28 août au 7 septembre, était l’un des grands rendez-vous économiques, agricoles, sociaux et politiques de la rentrée, avec la présence remarquée de nombreux ministres, politiques et, comme de coutume, des syndicats. La CFE-CGC, qui disposait d’un stand dans le hall des exposants institutionnels, n’a naturellement pas manqué cet événement phare.

À l’occasion d’une conférence, point d’orgue de la présence de la CFE-CGC à la foire, organisée le jeudi 3 septembre, Alain Monpeurt (président de l'union régionale Grand Est), Marielle Mangeon (secrétaire nationale à l'Économie, Prospective & Gouvernance), Yohann Chirez (délégué national au développement territorial), Fatima Hamadi (déléguée nationale pôles sociaux et CPH), Gérard Béhar (expert confédéral) et la présidente confédérale Christelle Thieffinne sont revenus sur de nombreux sujets phares pour l’encadrement.

Avant la prise de parole de la présidente, la matinée avait déjà donné le ton. Marielle Mangeon est revenue sur l'intelligence artificielle, insistant sur la nécessité de l'intégrer au dialogue social et aux CSE plutôt que de la laisser comme un sujet purement technique. Yohann Chirez a pour sa part présenté son rôle de trait d'union entre la Confédération et les échelons régionaux, départementaux et locaux.

La formation, au cœur du programme de la CFE-CGC

Enfin, un échange consacré à la formation a mis en lumière les nombreuses marges de progression de la confédération : meilleure structuration de l’offre en région, augmentation de la diversité des parcours, hausse du nombre de formations proposées… face aux nombreuses demandes et remarques de l’assistance, Christelle Thieffinne a réaffirmé que la formation était au cœur de son programme, avec notamment l’élection au congrès de Strasbourg d’un délégué national en charge de cette question spécifique : « Aujourd'hui, on forme chaque année l'équivalent de la moitié des nouveaux adhérents en chiffre. Ce n'est pas rien ! ».

Christelle Thieffinne, sans détour sur les grands chantiers

L’intervention de Christelle Thieffinne était le point d’orgue de la conférence. Elle a livré un tour d'horizon des chantiers prioritaires de l'année, sans éluder aucun dossier. La réindustrialisation, notamment, n’a pas manqué de susciter un argumentaire nourri : « Un emploi industriel amène avec lui 4 emplois de service, car un ouvrier aura besoin de transports, de logement et d’énergie. Sans industrie, il n’y aura pas d’emplois ». Un enjeu d’autant plus critique que « l’industrie est dans tous les territoires, et pas seulement à Paris ». Si elle désire, sous sa mandature, soutenir les politiques gouvernementales en faveur de l'industrie, pas question de donner carte blanche : « Il y a un discours de réindustrialisation, mais les développements sont insuffisants ». Autre enjeu associé, celui du développement durable. « De la même manière qu’on ne peut pas faire de réindustrialisation sans y allier la question écologique, on ne fera pas de transition écologique sans l'industrie. Si un projet permet des créations d'emplois, c'est bien, mais il faut surveiller la question écologique, la pollution, la faisabilité… », a-t-elle conclu, citant en exemple la décarbonation dans la sidérurgie avec ArcelorMittal.

Interrogée sur la question des retraites, la présidente a rappelé son soutien au système redistributif français. « Un pays a besoin de solidarité, mais il faut que les cadres, qui financent ce système y trouvent leur compte. Tout le monde a droit à une retraite en lien avec ce qu’il a perçu pendant sa carrière ». Si l’équilibre entre solidarité et redistributivité continue à se détériorer c’est tout notre modèle social qui va en pâtir et avec lui la cohésion de la société tout entière.

La présidente ne se fait pas d’illusions sur la qualité des débats politiques des mois à venir « Avec les élections présidentielles, on va en entendre des vertes et des pas mûres sur plein de questions. Ce sera à nous de rester audible, rationnel, et de rappeler le sens commun ».

Sans surprise la question de l’IA a généré des développements et plusieurs points sensibles ont été pointés. « Cette technologie emporte une modification des rapports de travail, des rapports au travail très différente des précédentes évolutions. D’une part elle touche massivement les cols blancs, notre population, en se substituant purement et simplement au salarié, notamment dans certains secteurs comme la comptabilité, le graphisme, le juridique, le conseil et l’audit, le recrutement etc… mais de surcroît les postes concernés sont le plus souvent des postes de débutants, de juniors ». Or une question majeure se pose : si on n’embauche plus de juniors comment fabrique-t-on des seniors dans tous ces secteurs d’activité ? « Nous assistons à une accélération d’un phénomène : celui des bacs + 2 et + 5 pour qui l'entrée dans le monde du travail est très compliquée, alors qu'on a des métiers en tension ».

Les conséquences de l’abandon de l’alternance par l'État se font donc plus ressentir que jamais : « La politique du président de la République était de faire du chiffre pour avoir nombre d'alternants ; de l’argent et des aides ont été donnés aux entreprises, avant de dire que c’était trop cher, ce qui a écroulé le système ». Un revirement qu'elle regrette, rappelant que « les jeunes ont besoin de constance politique ».

Mais les entreprises doivent également assumer leur rôle et accepter qu’il est aberrant d’exiger des jeunes une opérationnalité immédiate sans effort de leur part d’intégration et de formation spécifiques à la culture et aux métiers de l’entreprise. Autant de dossiers que la CFE-CGC promet de porter dans les mois à venir.

François Tassain