Épargne salariale : la CFE-CGC réclame une vision à long terme

02/10/2026

Taxation d'un côté, déblocage exceptionnel de 5 000 euros de l'autre : à la rentrée, le sujet de la mise à contribution de l’épargne salariale est revenu sur la table. Pour Marielle Mangeon, secrétaire nationale CFE-CGC en charge du secteur économie, prospective & gouvernance, ces mesures traduisent surtout une vision court-termiste d’un gouvernement en quête de nouvelles pistes pour boucler son budget. Elle explique pourquoi la CFE-CGC s'oppose à toute attaque contre l'épargne salariale, et rappelle que ni l’intéressement ni la participation ne doivent se substituer au salaire.

Quel regard portez-vous sur les propositions du gouvernement sur la taxation ou le déblocage sans motif particulier de l'épargne salariale ?

Nous nous félicitons d’abord de l’abandon du projet de taxation des primes de participation, d’intéressement et des abondements supérieurs à 3 000 euros. Le gouvernement cherche désespérément des réserves dans lesquelles puiser, et l’épargne salariale des Français, qui s’élève à 230 milliards d’euros, est naturellement très attractive. Mais une telle mesure aurait une nouvelle fois pénalisé les salariés, et notamment nos populations de l’encadrement.

De même, nous nous opposons au déblocage exceptionnel de 5 000 euros du plan d’épargne entreprise (PEE) sans motif particulier. Il ne constitue pas une réponse durable aux enjeux de pouvoir d’achat et de consommation. Il faut le rappeler : l’épargne salariale a vocation à associer les salariés aux performances et à la création de valeur de leur entreprise, tout en leur permettant de constituer une épargne. Elle doit rester complémentaire du salaire et ne doit en aucun cas devenir un substitut à son augmentation.

Bien que ces propositions n'aient pas été retenues dans le budget 2027, il est navrant de constater que les mesures du gouvernement tournent toujours autour d’un objectif : comment taxer encore plus les cadres et la classe moyenne.

Pourquoi le déblocage de l’épargne salariale vous inquiète-t-il ?

Parce qu'il risque d'installer un mauvais réflexe : répondre à la faiblesse du pouvoir d'achat en demandant aux salariés de puiser dans leur propre épargne. Si les Français en sont là, c'est que les rémunérations stagnent et que les rattrapages n'ont pas compensé l'inflation. Au lieu de demander aux employeurs de faire un effort, on va piocher dans l'épargne de ceux qui travaillent.

Les dispositifs d’intéressement et de participation bénéficient d’un cadre social et fiscal favorable. Faciliter leur déblocage pourrait encourager certaines entreprises à privilégier ces dispositifs plutôt que les augmentations de salaire. Et ce, alors qu’entre 2019 et 2024, le salaire net moyen en euros constants a diminué de 2 % pour les professions intermédiaires et cadres selon l’INSEE.

Cette logique entraînerait une pression durable et à la baisse des rémunérations, qui produirait l'effet inverse de celui recherché. Pour relancer durablement la consommation et la production, il faut d'abord renforcer le revenu disponible des ménages. Cela ne peut passer que par des augmentations salariales, et par un partage plus équitable de la valeur créée dans l’entreprise. Le pouvoir d'achat ne se débloque pas : il se construit par le salaire.

Quelle doit être, selon vous, l’ambition pour l’avenir de l’épargne salariale ?

Il faut sortir de cette logique de mesures ponctuelles et construire une véritable stratégie de long terme. La priorité est de développer l’épargne salariale, en l’étendant aux salariés des plus petites entreprises (89 % des salariés de grands groupes sont concernés par ces dispositifs mais seulement 21 % des salariés d’entreprises de moins de 50 salariés) et ce, tout en préservant la stabilité de ses règles fiscales et sociales.

Mais nous devons également réfléchir à son utilité économique. S’il n’est pas question de la taxer, force est de constater que l’épargne accumulée par les salariés représente un potentiel considérable pour financer les entreprises françaises, l’investissement productif et notamment notre souveraineté industrielle. Pour la CFE-CGC, qui est une des organisations fondatrices du comité intersyndical de l’épargne salariale (CIES), l’épargne salariale doit être porteuse de sens en encourageant le financement d’entreprises vertueuses qui respectent des critères sociaux et environnementaux ainsi que d’entreprises renforçant notre souveraineté.

Le salaire rémunère le travail, l’épargne salariale partage la valeur, et l’épargne constituée permet de préparer l’avenir.

Propos recueillis par François Tassain