Dans le cadre de l’agenda autonome entre partenaires sociaux, sans lettre de cadrage gouvernementale, les huit organisations syndicales (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC) et patronales (MEDEF, Les Entrepreneurs, U2P) représentatives ont lancé, le 4 novembre, une négociation nationale interprofessionnelle sur l’emploi des jeunes. Dans les tuyaux depuis plusieurs mois, ces discussions ont débuté dans un contexte d’automne social tendu, entre les mouvements lycéens des dernières semaines et la grande mobilisation intersyndicale du 5 novembre en faveur du pouvoir d’achat des salariés, des agents publics, des jeunes et des retraités.
DES INDICATEURS QUI SE DÉGRADENT
« Il y a urgence à s’emparer de ce sujet pour améliorer le taux d’emploi des jeunes dont la situation est très préoccupante, quel que soit le niveau d’études, soulignait récemment Christelle Thieffinne, présidente de la CFE-CGC. Les entreprises ont tendance à ne plus vouloir former en interne de jeunes collaborateurs et veulent des profils immédiatement opérationnels. Alors que le marché de l’emploi est difficile, que beaucoup de jeunes sont sur le carreau et que les entreprises peinent à recruter des jeunes ingénieurs, les partenaires sociaux doivent négocier pour mettre de la pression dans le système, poser des contraintes aux employeurs et ne surtout pas négocier des contrats au rabais. »
Les difficultés d’insertion professionnelle sont objectivées : selon l’Insee, le taux de chômage des 15-24 ans a encore progressé au deuxième trimestre 2026, atteignant 21,6 % (+2,5 points sur un an), contre 8,3 % pour l’ensemble de la population active. La France se situe ainsi largement au-dessus de la moyenne de l'Union européenne (15,5 % de taux de chômage pour les 15-24 ans, selon Eurostat). Autre indicateur pour le moins révélateur : les NEET, désignant les personnes « ni en emploi, ni en études, ni en formation », représentent aujourd’hui 13,3 % des 15-29 ans, souligne l’Insee.
PROGRAMME DE TRAVAIL ET CALENDRIER
À l’issue de cette première réunion de méthode du 4 novembre, quelques objectifs consensuels émergent entre partenaires sociaux : améliorer l’orientation et la connaissance des métiers, faciliter l’accès au premier emploi et garantir une insertion durable dans des emplois de qualité.
Plusieurs sujets transversaux devront être intégrés parmi lesquels les freins périphériques à l’emploi (logement, mobilité, santé), l’accompagnement des jeunes, la qualité des stages et de l’apprentissage, ainsi que l’impact de l’intelligence artificielle.
Le cumul emploi-études, l’apprentissage, et la prise en compte des conditions de vie et de rémunération devraient aussi être abordés. Il conviendra également de statuer sur la borne d’âge retenue pour ces travaux sur l’emploi des jeunes.
Au niveau du calendrier, la négociation, incluant des séances de diagnostics et des auditions avec les acteurs concernés dont les organisations étudiantes, doit s’achever d’ici la fin du premier trimestre 2027. Les trois prochaines réunions sont programmées le 17 novembre, le 8 décembre et le 18 décembre.
LES ANALYSES DE CHRISTELLE TOILLON, SECRÉTAIRE NATIONALE CFE-CGC (EMPLOI, FORMATION PROFESSIONNELLE, ORGANISATION DU TRAVAIL, ÉGALITÉ DES CHANCES) ET CHEFFE DE FILE CFE-CGC DE LA NÉGOCIATION

« Les jeunes ont besoin d'une information plus qualitative que quantitative, plus lisible, plus innovante, qui rende accessible tous les dispositifs d'accompagnement qui existent. Il s’agit notamment d’améliorer l’orientation car trop de jeunes la subissent, d’ouvrir aux TPE-PME le dispositif des Conventions industrielles de formation par la recherche (Cifre), d’agir pour une meilleure reconnaissance du doctorat dans les conventions collectives, de revoir les critères d’attributions des bourses, de discuter de la création d’un congé des révisions (qui n’existe pas pour les étudiants salariés), de lever les obstacles d’accès à l’emploi en matière de logement, de mobilité, de santé et de conditions de travail. »
« Au niveau des employeurs, et comme nous l’avions porté lors de la conférence travail, emploi, retraites (TER), recruter un jeune ne suffit pas. Il faut aussi l'accueillir, systématiser les parcours d’intégration en entreprise, lui faire confiance, le former, lui donner des responsabilités et investir dans son parcours. Cela passe aussi par des contrats de qualité : le CDI doit rester la norme et les jeunes ne devraient pas enchaîner les CDD. »
« La CFE-CGC milite par ailleurs pour la reconnaissance des diplômes dans les classifications à l’embauche pour mettre fin au déclassement, et pour une relance de la professionnalisation comme voie sécurisée vers le CDI. Enfin, nous ne pourrons pas ignorer l’IA, qui transforme déjà les emplois d’entrée dans la vie professionnelle. »
Mathieu Bahuet


